Zéro écran avant 3 ans : c’est le message que le Département de l’Eure a décidé de porter auprès des familles et des professionnels de la petite enfance. Le plan a été présenté le vendredi 16 octobre 2026 en session plénière par le président du Département, Alexandre Rassaërt, comme le rapporte La Dépêche Évreux sur actu.fr. Il s’appuie sur la lecture, le jeu et la parole, avec un objectif affiché : accompagner 1 000 familles d’ici 2029.
Plan de l'article
Pourquoi un département s’empare du sujet #
L’argument avancé par l’élu porte sur le langage. Une exposition précoce et excessive aux écrans peut peser sur le développement du langage, l’attention et les interactions sociales des tout-petits. Alexandre Rassaërt parle d’un « temps perdu qui ne se rattrape jamais vraiment ».
Lors de la séance, il a aussi avancé un ordre de grandeur : selon lui, un enfant qui n’est pas exposé aux écrans maîtrise 1 500 à 2 000 mots avant d’entrer en maternelle, contre à peine 500 pour un enfant surexposé. Ces chiffres sont ceux cités par le président du Département ; ils servent à illustrer l’écart, pas à mesurer votre enfant.
La philosophie du plan tient en une formule reprise par le Département : « prévenir plutôt que réparer ». L’idée n’est pas de culpabiliser les parents, mais de rappeler qu’un écran ne remplace ni une conversation, ni un jeu, ni une histoire lue le soir.
Un programme en trois temps #
Sensibiliser
Des campagnes de communication qualifiées de « chocs » seront diffusées dans les centres de PMI (Protection maternelle et infantile), les relais parents-assistantes maternelles et les centres d’action sociale des communes. Ce sont des lieux que la plupart des jeunes parents fréquentent, souvent dès les premiers mois.
Accompagner
Le Département noue un partenariat avec l’association 1001mots, fondée en 2017 par Florent de Bodman. Elle accompagne les parents d’enfants de 0 à 3 ans, en particulier les familles modestes, autour de trois leviers : la parole, la lecture et le jeu.
Agir sur le terrain
Une tournée des élus dans les PMI est prévue, avec des rencontres autour d’auteurs et d’illustrateurs jeunesse. L’illustrateur Matthieu Maudet parraine cette première édition et doit être présent trois jours en novembre dans le département.
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Comment fonctionne l’accompagnement 1001mots #
Le dispositif ne demande pas aux parents de se déplacer. Une fois les familles repérées par les PMI de l’Eure, l’association propose un parcours d’un an. Florent de Bodman l’a détaillé devant les élus : un orthophoniste prend contact avec la famille une fois par trimestre, six livres adaptés à l’âge de l’enfant sont envoyés à domicile, et trois conseils personnalisés arrivent chaque semaine par SMS.
L’expérimentation démarre avec 30 familles dans les cantons de Lyons-Andelle, Vexin normand et Les Andelys, avant une généralisation annoncée dès l’année prochaine.
Le format est intéressant pour tous les parents, même hors de l’Eure : de petits rappels réguliers, très concrets, plutôt qu’une grande leçon. C’est souvent ce qui fonctionne le mieux avec un bébé, dont les progrès se construisent dans la répétition du quotidien.
Les assistantes maternelles et les médiathèques aussi concernées #
Dans les semaines qui viennent, le président du Département doit écrire à toutes les assistantes maternelles pour leur rappeler l’interdiction d’exposer aux écrans les enfants de moins de 3 ans dans les lieux d’accueil de la petite enfance, en vigueur depuis juillet 2025. Les personnels de la Médiathèque de l’Eure seront formés dans le même esprit.
Un livret de suggestions de lecture, baptisé Mini Lu, complète le Petit Lu déjà existant. Il propose aux parents et aux professionnels des livres adaptés à l’âge des enfants. Alexandre Rassaërt résume l’ambition en parlant de remettre les livres, « ces armes de construction massive », dans la vie des enfants.
Ce que l’on peut en retenir à la maison #
Sans attendre un dispositif local, quelques habitudes simples vont dans le même sens que le plan eurois.
Parler à son bébé pendant les gestes ordinaires : le bain, le change, les courses. Nommer ce qu’il regarde, commenter ce que l’on fait. Ce bain de langage ne coûte rien et ne demande aucun matériel.
Installer un moment livre, même très court. Un imagier regardé ensemble cinq minutes vaut mieux qu’une longue lecture subie. À cet âge, l’enfant aime revoir les mêmes images : c’est normal, et c’est utile.
Garder les écrans hors des temps partagés. Le repas, le coucher et les trajets en voiture sont des moments propices aux échanges. Ranger le téléphone pendant ces temps-là profite aussi aux adultes.
Proposer des jeux simples : cubes, encastrements, dînette, cache-cache. Le jeu libre, avec un adulte disponible à côté, nourrit le vocabulaire bien plus qu’une vidéo, même éducative.
Enfin, si vous avez un doute sur le langage de votre enfant, parlez-en au médecin qui le suit ou à la PMI : ce sont les bons interlocuteurs pour faire le point.
Une démarche à suivre #
L’Eure n’est pas le premier territoire à s’emparer de la question des écrans chez les tout-petits, mais son plan a l’intérêt de combiner prévention, accompagnement à domicile et retour du livre dans les lieux de la petite enfance. Le premier bilan de l’expérimentation auprès des 30 familles devrait permettre de voir si ce modèle peut être étendu à tout le département, comme prévu.
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